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- PREMIERE PARTIE -

 

PREMIERE SCENE - LA LIBRAIRIE DE MONSIEUR KOREANDER

Monsieur Koreander est assis derrière un bureau et lit un livre. Soudain un garçon d'environ dix ans se précipite dans sa librairie. Il est hors d'haleine.

 

MONSIEUR KOREANDER  sans lever les yeux de son livre : Fermez la porte ! Il y a du courant d'air. Il lève les yeux et aperçoit Bastien. Ah ! C'est toi petit bout ! Je te dis tout de suite, je ne peux pas souffrir les enfants. Je sais bien que de nos jours, c'est la mode de faire avec vous mille et une simagrées. Mais ce n'est pas mon cas. Pour moi, les gosses ne sont que des casse-pieds qui démolissent tout, qui barbouillent les livres de confitures, qui arrachent les pages, et du diable s'ils se préoccupent de savoir si les adultes n'ont pas aussi leurs tracas. D'ailleurs il n'y a chez moi aucun livre pour enfants et pour ce qui est des autres, je ne t'en vendrais pas. On s'est compris ?

 

BASTIEN : Ils ne sont pas tous comme ça !

 

MONSIEUR KOREANDER : T'es encore là, toi ? Qu'est-ce que tu as donc de si exceptionnellement important à me dire ?

 

BASTIEN : Rien d'important. Je voulais simplement dire : tous les enfants ne sont pas comme vous dites.

 

MONSIEUR KOREANDER : Ah bon ! Et je suppose que c'est toi , justement, l'énorme exception, non ?

 

Bastien hausse les épaules

 

MONSIEUR KOREANDER : En tout cas, tu n'as pas pour deux sous de manières, sinon tu aurais au moins commencé par te présenter.

 

BASTIEN : Je m'appelle Bastien, Bastien Balthazar Bux.

 

MONSIEUR KOREANDER : Drôle de nom avec ses trois B. Moi, c'est Karl Konrad Koreander.

 

BASTIEN : Ça fait trois K.

 

MONSIEUR KOREANDER : Hum, exact ! Mais dis-moi, tu t'est rué comme une flèche dans ma boutique, tout à l'heure.

Tu as fauché la caisse d'un magasin ou attaqué une vieille dame ? Est-ce que la police est à tes trousses ? De qui t'es-tu sauvé ?

 

BASTIEN : Devant les autres.

 

MONSIEUR KOREANDER : Quels autres ?

 

BASTIEN : Les enfants de ma classe. Ils ne me laissent jamais tranquille. Ils me guettent à la sortie de l'école. Ils me crient des tas de choses. Ils me bousculent et se moquent de moi.

 

MONSIEUR KOREANDER : Et tu te laisses faire ? Pourquoi tu ne leur fiches pas tout simplement une bonne raclée ?

 

BASTIEN : Je ne suis pas bon à la boxe. Ni à la lutte.

MONSIEUR KOREANDER : Tu veux dire que t'es une poule mouillée ? Mais tu peux au moins parler. Cloue-leur le bec quand ils te narguent.

 

BASTIEN : Je l'ai fait une fois. Ils m'ont flanqué dans une poubelle et ils ont rabattu le couvercle. J'ai hurlé pendant une demi-heure avant que quelqu'un m'entende.

 

MONSIEUR KOREANDER : Hum, et maintenant tu ne t'y risque plus ? Eh bien, tu es un froussard par-dessus le marché. Tu es probablement un bel ambitieux, non ? Le meilleur de la classe, avec rien que des dix sur dix, le chouchou de tous les professeurs, pas vrai ?

 

BASTIEN : Non, l'année dernière j'ai redoublé.

 

MONSIEUR KOREANDER : Dieu du ciel ! Alors tu es un raté sur toute la ligne. Et qu'est-ce qu'ils crient donc quand ils se moquent de toi ?

 

BASTIEN : Cinglé, timbré, fêlé, maboul...

 

MONSIEUR KOREANDER : Pourquoi maboul ?

 

BASTIEN : Je parle parfois tout seul. Je m'invente des histoires, j'imagine des mots et des noms qui n'existent pas.

 

MONSIEUR KOREANDER : Et tu racontes tout cela à toi-même ? Pourquoi ?

 

BASTIEN : Parce qu'il n'y a personne d'autre que ce genre de choses intéresse.

 

MONSIEUR KOREANDER : Et tes parents ? Qu'est-ce qu'ils en pensent.

 

BASTIEN : Papa ne dit rien. Il ne dit jamais rien. Tout lui est bien égal.

 

MONSIEUR KOREANDER : Et ta mère ?

 

BASTIEN : Elle... elle n'est plus là.

 

MONSIEUR KOREANDER : Tes parents sont séparés ?

 

BASTIEN : Non, elle est morte.

 

Le téléphone sonne. Monsieur Koreander se lève et va dans un petit cabinet à l'arrière de sa boutique pour répondre à l'appel. Bastien s'approche de la table et regarde le livre que Monsieur Koreander était en train de lire. Il lit le titre du livre :

 

BASTIEN : L'histoire sans fin. Une histoire qui ne finit jamais. Le rêve. Il fouille ses poches et sort quelques pièces. Non, ce ne serait pas suffisant. Et de toute façon, il a dit qu'il ne me vendrait aucun livre. Mais il me faut celui-là. Il me le faut absolument.

 

Il regarde vers le cabinet, puis cache le livre sous son pull et quitte la boutique sur la pointe des pieds.

 

- NOIR -

 

DEUXIEME SCENE - LE PAYS FANTASTIQUE EST EN PERIL

Dans le noir, on entend le bruit d'une clef qui tourne dans une serrure et le grincement d'une porte qui s'ouvre. L grenier sur la droite de la scène s'éclaire faiblement. On y voit Bastien.

 

BASTIEN : Le grenier de l'école. Personne n'y va jamais, même pas le concierge. Personne ne va me trouver ici. Il s'installe derrière une grande malle, y pose le livre, l'ouvre et commence à lire : Il était minuit dans la forêt d'Haoulé et un vent d'orage mugissait dans les cimes des arbres gigantesques. Soudain, une faible lueur se faufila en zigzaguant à travers le bois....

La scène centrale s'allume progressivement. Au milieu, trois personnages sont assis autour d'un grand feu : un gigantesque Mange-Pierre, un elfe nocturne et un lutin. Un feu follet, avec à la main une petite lanterne, s'approche du groupe.

 

MANGE-PIERR : Sacrée animation dans le coin, cette nuit. En voilà encore un.

 

ELFE NOCTURNE : Hou ! Hou ! Un feu follet. Enchanté, enchanté !

 

LUTIN : Approchez-vous donc, je vous en prie. Mon nom est Uckuck. Je suis un lutin des Monts de Fer.

 

ELFE NOCTURNE : Moi, je m'appelle Vouchvousoul, hou-hou ! Je suis un elfe nocturne.

 

MANGE-PIERRE : Moi, c'est Pjoernrackzarck. Je suis un Mange-Pierre. Prenez place dans notre cercle. Je vous invite à partager avec moi un délicieux morceau de granit.

 

FEU FOLLET : Non merci, je digère mal le granit et puis je suis très pressé. Je voulais seulement vous demander s'il vous serait possible de m'indiquer quelle direction je dois prendre pour me rendre à la Tour d'Ivoire.

 

ELFE NOCTURNE : Hou ! Hou !, alors comme ça, on va voir la petite impératrice ?

 

FEU FOLLET : Exact. J'ai un message important à lui transmettre.

 

MANGE-PIERRE : Quel message ?

 

FEU FOLLET : Eh bien, c'est un message secret.

 

ELFE NOCTURNE : Nous avons tous les trois le même but que toi. Hou ! Hou !

 

LUTIN : Et peut-être sommes-nous porteurs du même message.

 

MANGE-PIERRE : Assieds-toi et parle !

 

Le feu follet s'assoit.

 

FEU FOLLET : Eh bien , moi, je m'appelle Bloub et dans mon pays natal, le Marais Moussu...

 

ELFE NOCTURNE : Hou-hou, une région magnifique !

 

FEU FOLLET : N'est-ce pas ? Donc, chez nous, dans le Marais Moussu, quelque chose d'incompréhensible s'est produit. C'est difficile à décrire. Tout a commencé par la disparition du lac Brouille-Brume. Un beau jour, il n'y avait plus de lac.

 

LUTIN : Vous voulez dire qu'il s'est asséché ?

 

FEU FOLLET : Non, si c'était le cas il y aurait maintenant un lac asséché. Mais il n'en est rien. Là où se trouvait le lac, il n'y a plus rien du tout – absolument rien, vous comprenez ?

 

MANGE-PIERRE : Un trou ?

 

FEU FOLLET : Non, pas de trou non plus. Un trou, c'est tout de même quelque chose. Mais là-bas, il n'y a plus rien.

 

ELFE NOCTURNE : Et à quoi ressemble-t-il donc – hou-hou – ce rien ?

 

FEU FOLLET : C'est justement ce qui est si difficile à décrire. C'est... c'est comme... ah, il n'y a pas de mots pour exprimer cela.

 

LUTIN : Quand on regarde à cet endroit-là, c'est comme si on était aveugle, non ?

FEU FOLLET : C'est exactement ça ! Mais où donc... je veux dire : comment... ou alors est-ce que vous avez vous aussi constaté ce...

 

MANGE-PIERRE : Un moment ! Est-c que c'est resté localisé à ce seul endroit ?

 

FEU FOLLET : Non, petit à petit le même phénomène a commencé à se produire en d'autres endroits du Marais Moussu.

Parfois, cela commençait par un tout petit bout de néant, pas plus gros qu'un œuf de poule d'eau. Si quelqu'un y mettait le pied par mégarde, son pied disparaissait lui aussi. D'ailleurs, ce n'est pas douloureux – mais celui à qui ça arrive se retrouve tout d'un coup avec un morceau en moins. Il y en a même quelques-uns qui se sont laissés tomber dans le néant. Quand on s'en approche de trop près, il exerce une attraction irrésistible. Comme aucun habitant du Marais Moussu n'a pu expliquer ce terrible phénomène, on a finalement décidé d'envoyer un messager à la Petite Impératrice, pur lui demander conseil et secours. Ce messager, c'est moi.

 

ELFE NOCTURNE Hou hou ! Là d'où je viens, c'est exactement la même chose. Et je suis en route dans le même but.

 

LUTIN : Chacun de nous vient d'une région différente du Pays Fantastique. C'est tout à fait par hasard que nous nous sommes rencontrés ici. Mais nous portons tous le même message à la Petite Impératrice.

 

MANGE-PIERRE : Cela veut dire que le Pays Fantastique tout entier est en danger.

 

FEU FOLLET : Dans ce cas, nous n'avons plus un instant à perdre.

 

LUTIN : Nous allions justement nous remettre en route. Maintenant que vous êtes parmi nous, vous allez pouvoir nous éclairer.

 

FEU FOLLET : Impossible ! Je ne peux pas attendre quelqu'un qui chevauche un escargot. Il sort.

 

LUTIN lui crie après : Mais c'est un escargot de course !

 

ELFE NOCTURNE : Moi aussi, j'aime autant que nous voyagions chacun de notre côté. Il monte sur sur sa chauve-souris et sort aussi.

 

MANGE-PIERRE : Moi aussi. Comme ça je n'aurai pas besoin de prendre garde à ne pas écrabouiller quelque tout petit lutin. Il sort.

 

LUTIN : Eh bien, nous allons voir qui arrivera le premier. Hue, l'escargot, hue ! Il monte sur son escargot et sort aussi.

 

-NOIR-

 

TROISIEME SCENE – AURYN, L'EMBLEME DE LA PETITE IMPERATRCE

La grande salle d'audience de la Tour d'Ivoire. Un grand nombre de messagers y attend déjà. Plusieurs Médecins y mènent une discussion animée. Entre Uckuck, le lutin, un peu timide et impressionné par la magnifique décoration de la salle.

 

MEDECIN CORBEAU : Elle ne tousse pas, elle n'est pas enrhumée, ce n'est pas une maladie au sens médical du terme.

 

MEDECIN ESPRIT-DE-FEU : Elle n'a pas de fièvre, aucune enflure, aucune éruption, aucune inflammation. C'est tout simplement comme si elle était en train de s'éteindre.

 

MEDECIN SCARABEE : Une chose en tout cas me paraît évidente. Entre la maladie de la Petite Impératrice et les terribles nouvelles que nous apportent les messagers venus ud Pays Fantastique tout entier, il doit bien exister une relation secrète.

 

MEDECIN CORBEAU : Vous, alors ! Vous voyez toujours des relations secrètes partout !

 

MEDECIN SCARABEE : Et vous, vous ne voyez jamais plus loin que le bout de votre bec.

MEDECIN ESPRIT DE FEU : Allons, mes chers collègues, nous n'allons tout de même pas tomber dans des querelles personnelles. La situation est trop grave.

 

Entrent l'elfe nocturne, suivi du feu follet et du mange-pierre.

 

LUTIN salue ses trois compères : Hello !

 

ELFE NOCTURNE : Hou-hou ! Vous êtes déjà là ?

 

LUTIN : Oui, depuis ce matin.

 

MANGE-PIERRE : Mais... comment est-ce possible. On vient tout juste d'arriver.

 

LUTIN : Ma foi, je vous avais bien dit que j'avais un escargot de course.

 

MANGE-PIERRE regardant autour de lui: Pourquoi y a-t-il tant de monde ?

 

LUTIN : Ce sont tous des messagers, venus de toutes les régions du Pays Fantastique. Et ils sont tous porteurs du même message que nous. Il semble que partout ait surgi le même danger.

 

FEU-FOLLET : Et sait-on de quoi il s'agit et d'où cela vient ?

 

LUTIN : Je crains que non. Personne ne peut l’expliquer.

 

FEU FOLLET : Même pas la Petite Impératrice ?

 

LUTIN : La Petite Impératrice est malade, très, très malade. Peut-être est-ce la cause de ce malheur incompréhensible qui a fondu sur le Pays Fantastique. Pour l'instant, aucun des nombreux médecins réunis ici n'a pu découvrir en quoi consiste sa maladie et comment on peut lutter contre. Personne ne connaît de remède.

 

ELFE NOCTURNE : Eh bien, hou-hou ! En voilà une catastrophe !

 

La porte au fond de la salle s'ouvre et Caïron, le centaure zèbre entre. Il porte autour du cou une chaîne avec une amulette sur laquelle on distingue deux serpents, un clair et un foncé, qui se mordent la queue l'un l'autre.

 

TOUS avec une exclamation de surprise : Auryn, l'emblème de la Petite Impératrice !

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CAÏRON : Mes amis, ne vous étonnez pas outre mesure, je ne porte AURYN que pour un temps très court. Bientôt je transmettrai le miroitant à quelqu'un qui en sera plus digne. Je ne veux pas chercher à adoucir notre échec par de belles paroles. Nous restons tous perplexes devant la maladie de la Petite Impératrice. Nous savons seulement que l'anéantissement du Pays Fantastique a commencé en même temps que cette maladie. Nous n'en savons pas davantage. Pas même s'il existe une médecine capable de la sauver. Mon unique espoir, c'est qu'il existe quelque part dans cet empire illimité un être qui soit plus sage que nous. Pour le trouver il faut un découvreur de pistes qui ne faiblisse devant aucun danger, aucun effort, en un mot : un héros. Et la Petite Impératrice m'a révélé le nom de ce héros à qui elle confie son sort et le nôtre : Il s'appelle Atreyou et demeure dans la Mer aux Herbes, au-delà des Monts d'Argent. C'est à lui que je remettrai AURYN, c'est lui que je vais lancer dans la Grande Quête. Voilà, maintenant vous savez tout.

 

MEDECIN ESPRIT-DE-FEU : Comment s'appelle-t-il déjà, ce héros ?

 

CAÏRON: Atreyou.

 

MEDECIN CORBEAU : Jamais entendu !

 

MEDECIN SCARABEE : Mais si, je le connais. J'ai soigné beaucoup de personnes parmi le peuple des Peaux Vertes, qles habitants de cette grande prairie qu'on appelle aussi la Mer aux Herbes. Atreyou et le fils unique d'un de leurs chef. C'est un garçon d'environ onze ans.

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Murmures d'étonnement dans la foule.

 

CAÏRON : Es-tu sûr qu'il n'y a pas quelqu'un d'autre, un homme adulte, un chasseur expérimenté, qui porte ce nom ?

 

MEDECIN SCARABEE : Absolument sûr.

 

CAÏRON : Un enfant ! Un petit garçon ! Vraiment, les décisions de la Petite Impératrice sont difficiles à comprendre. Il sort

- NOIR -

 

BASTIEN lit : Le lendemain, Caïron se mit en route pour la Mer aux Herbes, le pays des Peaux Vertes. Il y trouva Atreyou et lui remit Auryn, l'emblème de la Petite Impératrice. Et Atreyou commença sa grande quête. Il traversa les Monts d'Argents, le pays des Arbres Chanteurs et la contrée des tours de verre d'Eribo, dans lesquelles les habitants de cette région captaient et conservaient la lumière des étoiles. Au septième jour, il arriva dans la forêt d'Haoulé et vit pour la première fois le néant de ses propres yeux.

 

QUATRIEME SCENE – LES TROLLS-ECORCES DE LA FORET D'HAOULE

Oakrim, le troll-écorce s'approche d'Atreyou. Le premier n'a plus qu'un bras et plus qu'une jambe.

 

TROLL-ECORCE: Halte Atreyou ! N'aie pas peur ! Mon nom est Oakrim, je suis un Troll-Écorce. Mon apparence est certes horrible, mais à part moi, il n'y a plus personne dans cette partie de la Forêt d'Haoulé qui puisse t'avertir.

 

ATREYOU : M'avertir ? Et de quoi ?

 

TROLL-ECORCE : J'ai entendu parler de toi et je sais pourquoi tu es en route. Il ne faut pas que tu ailles plus loin, dans cette direction, sinon tu es perdu. Il t'arrivera la même chose qu'à nous.

 

ATREYOU : Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

 

TROLL -ECORCE: Le néant ne cesse de gagner du terrain. Tous les autres se sont enfuis de la forêt d'Haoulé, mais moi, je n'ai pas voulu abandonner mon pays natal. Alors j'ai été surpris dans mon sommeil et ça a fait de moi ce que tu vois maintenant.

 

ATREYOU : Est-ce que ça fait très mal ?

 

TROLL-ECORCE : Non, on ne sent rien. C'est seulement qu'il te manque quelque chose. Et chaque jour il te manque davantage, une fois que tu as été atteint par ça. Bientôt je n'existerai plus.

 

ATREYOU : À quel endroit de la forêt le néant a commencé ?

 

TROLL-ÉCORCE : Tu veux le voir ? Atreyou hoche la tête. Je vais te le montrer. Je vais t'y conduire à une distance suffisante pour que tu puisse voir le néant. Mais tu dois me promettre de ne pas t'approcher plus près. Sinon, tu sera irrésistiblement attiré. Il mène Atreyou à un endroit qui permet de voir le néant.

 

ATREYOU : C'est vraiment horrible. Qu'est-ce que tu me conseille, Oakrim ? Dans quelle direction dois-je continuer ma quête ? Où peux-je trouver quelqu'un qui connaît l'origine de ce mal ?

 

TROLL-ECORCE : Je n'en sais trop rien. À moins que... Il existe au Pays Fantastique un être qui est plus vieux que tous les autres. Loin, très loin d'ici, en direction du nord, s'étendent les Marais de la Désolation. Au cœur de ce marais ce dresse le Mont Cornu. C'est la que demeure la vénérable Morla. Va trouver la Vénérable Morla, Atreyou !

 

- NOIR -

 

CINQUIEME SCENE – LA VENERABLE MORLA

Les Marais de la Désolation. La vénérable Morla est une très vieille tortue géante qui surgit très lentement du fond de la scène.

 

MORLA : Que fais-tu là, petit ?

 

ATREYOU  lui montre Auryn : Connais-tu cela, Morla ?

 

MORLA : Auryn ! Il y a longtemps que nous ne l'avions plus vu, l'emblème de la Petite Impératrice, bien longtemps.

 

ATREYOU : La Petite Impératrice est malade. Si nous ne la sauvons pas, elle mourra et avec elle disparaîtrai le Pays Fantastique et alors ce serait notre fin à tous. Toi aussi, tu sera anéantie !

 

MORLA : Nous n'avons rien contre. Vois-tu, petit, nous sommes vieille. Quand on a vu autant de choses que nous, plus rien n'est important. Tout se répète éternellement, le jour et la nuit, l'été et l'hiver. Le monde est vide et dépourvu de sens.

Laisse-nous tranquille, petit, va-t-en.

 

ATREYOU : Si tu sais tant de choses, tu sais aussi en quoi consiste la maladie de la Petite Impératrice et s'il existe pour elle un remède ?

 

MORLA : Nous savons. Nous savons, mais peu importe qu'elle soit sauvée ou pas.

 

ATREYOU : Si ça t'est réellement égal, tu pourrais aussi bien me le dire.

 

MORLA : Tu es rusé, petit, tu es rusé. Il y a bien longtemps que nous ne nous sommes plus autant amusée. Nous pouvons tout aussi bien te le dire. Cela ne fait aucune différence. - Ta vie est courte, petit, la nôtre est longue. Nous vivons dans le temps. Toi, peu de temps. Moi, longtemps. Mais la Petite Impératrice était déjà là avant moi. Pourtant elle n'est pas vieille.

Elle est toujours jeune. Son existence ne se mesure pas en temps, mais en noms. Elle a besoin d'un nouveau nom, sans cesse elle a besoin d'un nouveau nom. Connais-tu son nom, petit ?

 

ATREYOU : Non, je ne l'ai encore jamais entendu.

 

MORLA : Tu ne risques pas. Nous l'avons tous oublié. Mais sans nom, elle ne peut pas vivre. Elle a seulement besoin d'un nouveau nom, la Petite Impératrice, pour retrouver la santé. Mais peu importe qu'elle la retrouve. Elle veut partir.

 

ATREYOU : Attends ! D'où lui viendra ce nom ? Qui peut le lui donner ?

 

MORLA : Aucun de nous, aucun être au Pays Fantastique ne peut lui donner un nouveau nom. C'est pour cela que tout est vain.

 

ATREYOU : Mais qui donc alors ? Qui peut lui donner ce nom qui la sauvera, et nous tous avec elle ?

 

MORLA : Ne fais pas tant de bruit, petit. Laisse-nous tranquille et va-t'en. Nous ne le savons pas.

 

ATREYOU : Si toi, tu ne sais pas, qui peut le savoir ?

 

MORLA: C'est sans importance. Peut-être Ouyoulala de l'Oracle du Sud. Peut-être qu'elle, elle le sait. Mais que nous importe.

 

ATREYOU : Et comment peux-je aller là-pas ?

 

MORLA : Tu ne peux pas y aller. C'est trop loin. Beaucoup trop loin. Au Sud. Tu serais mort avant. C'est pour cela que tout est en vain. Abandonne, petit. Et pour commencer fiche-nous la paix.

- NOIR -

SIXIEME SCENE – YGRAMUL

Dans une grande toile d'araignée est empêtré un Dragon de la Fortune blanc. Ygramul, une araignée géante est accroupie à côte. Entre Atreyou.

 

YGRAMUL : Un bipède. ! Après une longue période de famine, voici deux morceaux de choix ! Quel heureux jour pour Ygramul.

 

ATREYOU : Connaissez-vous cet emblème ?

 

YGRAMUL : Approche-toi, bipède. Ygramul n'a pas une bonne vue. Atreyou s'approche d'elle. Auryn ! Qui es-tu pour porter le miroitant ?

 

ATREYOU : Je suis Atreyou et je suis envoyé par la Petite Impératrice.

 

YGRAMUL : Tu arrives mal à propos. Que veux-tu d'Ygramul ?

 

ATREYOU : Je veux ce Dragon de la Fortune. Donnez-le moi.

 

YGRAMUL : Pourquoi en as-tu besoin, Atreyou le bipède ?

 

ATREYOU : Je dois me rendre jusqu'à l'Oracle du Sud car seule Ouyoulala est capable de me dire qui peut donner un nouveau nom à la Petite Impératrice. Si elle n'en reçoit pas un, elle mourra et avec elle tout le Pays Fantastique – vous aussi Ygramul.

 

YGRAMUL : Ah ! c'est donc ça qui explique ces endroits où il n'y a plus rien ?

 

ATREYOU : Oui, mais l'Oracle du Sud est trop loin pour que je puisse l'atteindre dans le temps qu'il me reste à vivre. C'est pour ça que je vous réclame ce Dragon de la Fortune. S'il me porte à travers les airs., je peux peut-être arriver au but.

 

YGRAMUL : Tu te trompe, Atreyou le bipède. Le Dragon de la Fortune ne peu pas te porter., le poison d'Ygramul est dans son corps. Il lui reste tout au plus une petite heure à vivre.

 

ATREYOU : Dans ce cas, il n'y a plus d'espoir, ni pour lui, ni pour moi, ni pour vous non plus, Ygramul.

 

YGRAMUL : Ygramul connaîtrait bien un moyen de te transporter en un tournemain jusqu'à l'Oracle du Sud. Seulement la question, Atreyou, le bipède, c'est de savoir si ce moyen te convient.

 

ATREYOU : Que voulez-vous dire ?

 

YGRAMUL : C'est le secret d'Ygramul. Tu dois te laisser mordre par elle. Son poison tue dans l'espace d'une heure, mais il confère en même temps à celui qui le porte en lui la faculté de se transporter en n'importe quel lieu du Pays Fantastique où il désire se rendre.

 

ATREYOU : Une heure ? Mais qu'est-ce que je pourrais faire en une seule heure ?

 

YGRAMUL : A toi de décider.

 

ATREYOU : Fais ce que tu as proposé ! Ygramul le mord.

 

ATREYOU : Vers l'Oracle du Sud !

- NOIR -

 

SEPTIEME SCENE – LES DEUX GNOMES SOLITAIRES

Un paysage rocheux. On voit Atreyou et Fouchour allongés par terre. Derrière eux se trouve le gnome Enguywick, entouré de livres, de piles de documents et de papiers qu'il consulte frénétiquement en prenant des notes . A côté de lui, sa femme Ourgl s'affaire près d'un feu. Atreyou se réveille lentement et regarde autour de lui.

 

FOUCHOUR : Atreyou ! Atreyou !

 

ATREYOU : Le Dragon de la Fortune ! Mais... comment es-tu arrivé ici ?

 

FOUCHOUR : J'ai entendu tout ce qu'Ygramul te disait. Alors je me suis dit qu'après tout, moi aussi, j'avais été mordu par elle. Je pouvais donc tout aussi bien faire usage du secret qu'elle venait de te confier. C'est ainsi que je lui ai échappé. Tu m'a sauvé la vie.

 

ATREYOU : Sauvé la vie pour une heure, car c'est tout ce qui nous reste à tous les deux. Je sens le poison d'Ygramul devenir à chaque instant plus fort.

 

FOUCHOUR : Pour chaque poison , il existe un contre-poison. Tu verras, à partir de maintenant, tout va te réussir. Je suis tout de même un Dragon de la Fortune.

 

ATREYOU : Pourquoi t'es-tu fait transporter ici – et pas dans un endroit plus favorable, où tu aurais pu te faire soigner?

 

FOUCOUR : Je me suis dit que tu allais avoir besoin d'une monture pour ta Grande Quête. Et tu vas voir : filer comme le vent à travers le ciel sur le dos d'un Dragon de la Fortune, c'est autre chose que de trottiner sur deux pattes à travers la campagne. Je précise que mon nom est Fouchour.

 

ATREYOU  d'une voix de plus et plus faible : Bien Fouchour. Mais nous parlons et le peu de temps qui nous reste est en train de s'écouler. Il faut que je – fasse – quelque – chose. - Mais quoi ? Il s'endort.

 

FOUCHOUR : Compter – sur – la chance. - Quoi d'autre ? Il s'endort aussi.

 

Ourgl s'approche d'Atreyou, lui soulève la tête et lui fait avaler une médecine..

 

OURGL : Belle médecine, bonne médecine ! Bois donc, mon enfant, bois. Ça fait du bien. Elle retourne près du feu.

 

ENGUYWICK : Ôte-toi de ma lumière femme ! Tu me déranges dans mes études.

 

OURGL : Toi et tes études ! L'important, maintenant, c'est de préparer mon élixir de guérison. ces deux-là en ont besoin.

 

ENGUYWICK : Ils auront encore bien plus besoin de mes conseils et de mon aide.

 

OURGL : Soit, mais seulement s'ils sont guéris. Sauve-toi de là, le vieux ! Elle voit qu'Atreyou s'est de nouveau réveillé et va le voir. Eh bien ? On dirait que ça va déjà tout à fait bien, non ? Atreyou hoche la tête. Plus de douleur ?

 

ATREYOU : Rien qui mérite qu'on en parle.

 

OURGL : Comment ça ? Tu as mal ou pas ?

 

ATREYOU : Ça fait encore mal, mais ça ne fait rien.

 

OURGL : Qu'est-ce que tu y comprends toi, blanc-bec. Il faut que ça fasse encore mal, quand c'est en train de guérir.

 

ATREYOU : Pardon. Je voulais simplement dire... je voulais vous remercier.

 

OURGL : Bah ! En fin de compte, je suis une guérisseuse.

ATREYOU : Comment va Fouchour ?

 

OURGL : Qui c'est celui-là ?

 

ATREYOU : Le dragon blanc.

 

OURGL : Ah oui ! Sais pas encore. Il a dégusté un peu plus que toi. Il est vrai qu'il est plus costaud aussi. Il devrait s'en sortir. Mais où avez-vous donc attrapé ce poison ?

 

ENGUYWICK : Tiens ta langue, femme, maintenant c'est à moi.

 

Ourgl retourne dans sa cuisine.

 

ENGUYWICK  à voix basse: Ne te formalise pas de son ton. La vieille Ourgl parle souvent un peu sec, mais c'est sans intention. Mon nom est Enguywick. Tu ne peux pas trouver de meilleur conseiller que moi si tu veux te rendre chez Ouyoulala, à l'Oracle du Sud. Tu as sonné à la bonne porte, mon garçon. Je publierai prochainement un grand ouvrage scientifique sur l'oracle. Le titre : 'L'énigme Ouyoulala, résolu grâce au professeur Enguywick. Malheureusement, il me manque encore quelques détails . Tu pourrait m'aider, mon garçon.

 

OURGL : Faut d'abord qu'il mange pour reprendre des forces. La potion seule ne suffit pas.

 

ATREYOU : Merci. Je me sens déjà très bien. Et la Petite Impératrice est à l'article de la mort. Peut-être que dès maintenant chaque heure compte.

 

OURGL : Balivernes. ! Quand on veut aller trop vite, on n'arrive à rien du tout. Assieds-toi et mange !

 

ENGUYWICK : Il vaut mieux lui céder. Quand elle veut quelque chose , il n'y a rien à faire. D'ailleurs, nous avons beaucoup à nous dire, tous les deux. Atreyou s'assoit et mange de bon appétit. Il n'est pas pas exactement aisé de parvenir jusqu'à Ouyoulala. C'est même assez difficile. Mais je ne voudrais pas te faire un exposé scientifique. Il est peut-être préférable que tu poses des questions .

 

ATREYOU : La grande porte de pierre là-bas avec les deux Sphinx – est-ce que c'est l'entrée de l'oracle ?

ENGUYWICK : Le porte de Pierre est bien l'entrée, elle s'appelle La Porte de la Grande Enigme, mais ensuite viennent encore deux autres portes, la Porte du Miroir Magique et la Porte Sans Clef et c'est seulement derrière cette troisième porte que se trouve Ouyoulala.

 

ATREYOU : Est-ce que tu es déjà allé  chez elle?

 

ENGUYWICK : Tu n'y penses pas ! Moi, je travaille scientifiquement. Je ne peux pas me permettre de prendre un risque personnel. Mais j'ai rassemblé tous les rapports qu'ont pu faire ceux qui y sont allés.

 

ATREYOU : C'est étrange. Je ne vois rien d'autre derrière la porte de pierre. Rien qu'une plaine déserte. Où sont donc les deux autres portes ?

 

ENGUYWICK : Attends ! Si tu m'interromps tout le temps, je ne peux rien t'expliquer. La seconde porte est seulement là quand on a franchi la première. Et la troisième, quand on a la seconde derrière soi. Et Ouyoulala, quand on a passé le seuil de la troisième. Avant, rien n'existe de tout cela, tu comprends ? Atreyou hoche la tête. La première porte est toujours ouverte. Et pourtant il est presque impossible de la franchir.

 

ATREYOU : Pourquoi ?

 

ENGUYWICK : Parce que les deux Sphinx se regardent constamment l'un l'autre. Et celui qui s'interpose dans cet échange de regards se fige instantanément et ne peut plus bouger avant d'avoir résolu toutes les énigmes de l'univers.

 

ATREYOU : Je n'ai donc aucune chance de passer entre les deux Sphinx ?

ENGUYWICK : Si. Face à certains visiteurs, ils ferment les yeux et laissent passer. Mais la question que personne jusqu'à présent n'a éclaircie c'est de savoir pourquoi un tel et pas un tel autre.

 

ATREYOU : Que me conseilles-tu alors ?


ENGUYWICK : D'attendre qu'ils prennent une décision. Sans savoir pourquoi.

 

ATREYOU : Je vois. Et après.

 

ENGUYWICK : Alors surgira devant toi la seconde porte : La Porte du Miroir Magique. Cette porte est aussi bien ouverte que fermée. En fait, il s'agit d'un grand miroir. Lorsqu'on se trouve devant, on se voit soi-même – mais pas comme dans un miroir ordinaire. On voit son véritable être intérieur. Celui qui veut traverser doit donc pénétrer à l'intérieur de lui-même.

 

ATREYOU : En tout cas, cette Porte au Miroir Magique me paraît plus facile à franchir que la première.

 

ENGUYWICK : Erreur ! Erreur colossale, mon ami ! J'ai moi-même observé que les visiteurs qui se tenaient pour irréprochables s'enfuyaient en hurlant devant le monstre qui grimaçait en face d'eux dans le miroir. Il y en a que nous avons dû soigner pendant des semaines pour qu'ils soient de nouveau en état de prendre le chemin du retour.

 

OURGL : Nous ! J'entends toujours 'nous'. Qui as-tu donc soigné, toi ?

 

ATREYOU : Bon, mais on peut en tout cas passer par ce miroir magique.

 

ENGUYWICK : Naturellement, sinon ce ne serait pas une porte.

 

ATREYOU : Et la troisième porte ?

 

ENGUYWICK : C'est ici que l'affaire se corse vraiment. Je veux dire que la Porte Sans Clef est fermée. Pas de loquet, pas de bouton, pas de serrure, rien.

 

ATREYOU : Alors, on ne peut pas franchir cette porte-là ?

 

ENGUYWICK : Doucement, mon garçon. Des gens sont entrés et ont parlé avec Ouyoulala. C'est donc qu'on peut

 

ATREYOU : Mais comment ?

 

ENGUYWICK : Plus quelqu'un veut entrer, plus la porte reste solidement fermée. Mais si quelqu'un parvient à oublier tout projet et à ne plus rien vouloir – la porte s'ouvre d'elle-même devant lui.

 

ATREYOU : Et derrière, je trouverai l'Oracle du Sud ?

 

ENGUYWICK : Oui.

 

ATREYOU : Et quel genre d'être ou de chose est Ouyoulala ?

 

ENGUYWICK : Pas la moindre idée. Pas un de ceux qui sont allés auprès d'elle n'a voulu me le révéler. Si tu parviens jusqu'à elle, Atreyou, est-ce que tu répondras enfin à ma question ?

 

ATREYOU : Je ne peux pas te le promettre, Enguywick. Si personne n'a jamais rien dit de l'être d'Ouyoulala, il doit bien y avoir une raison. Et tant que je ne la connais pas moi-même, je ne peux pas décider si quelqu'un qui ne s'est jamais trouvé en face d'elle a le droit de savoir.

 

ENGUYWICK : On ne récolte que de l'ingratitude. On passe une vie entière à se décarcasser pour pénétrer un mystère d'intérêt général. Mais être aidé, non, il ne faut pas y compter. Il sort.

OURGL : Pauvre vieille cervelle rétrécie. Il voudrait tellement être celui qui a résolu la Grande Énigme. Le célèbre gnome Enguywick. Il ne faut pas lui en vouloir.

 

ATREYOU : Non. Dis-lui que je le remercie de tout cœur pour tout ce qu'il a fait pour moi. Si j'en ai le droit, je lui dirai le secret – du moins si je reviens.

 

FOUCHOUR que s'était réveillé depuis un moment et avait écouté la conversation :Tu veux nous quitter ?

 

ATREYOU : Oui Fouchour, il le faut, je ne peux pas perdre de temps. Je vais donc maintenant aller trouver l'Oracle. Adieu !

 

FOUCHOUR : Bonne chance, Atreyou !

 

Atreyou sort.

 

OURGL : Il en aura besoin – ça, pour sûr, il lui en faudra beaucoup de la chance.

 

- NOIR -

 

HUITIEME SCENE – LES PORTES MAGIQUES ET LA VOIX DU  SILENCE

On voit Atreyou faire tout ce que Bastien lit.

 

BASTIEN lit : La clarté de la lune inondait les deux silhouettes des Sphinx. Atreyou marchait lentement vers elles. Il prit peur. Ce n'était pas vraiment la peur du danger qui le menaçait, mais une peur qui le dépassait. Pourtant, il continua. Il ne leva pas les yeux. Il ne savait pas si les Sphinx avaient fermé les yeux ou non. Il sentit ses pas devenir de plus en plus lourds. Et juste au moment où il croyait que toute la force de sa volonté ne suffirait pas à faire un pas de plus, il entendit l'écho de ce pas à l'intérieur de la voûte de pierre. Les Sphinx l'avaient laissé passer.

Devant lui se dressait la Porte au Miroir Magique. Il s'attendait à faire face à quelque image de lui absolument terrifiante, mais au lieu de cela il vit un garçon au visage blême – a peu près de son âge – assis, les jambes croisées, derrière une vieille malle, en train de lire un livre. Mais c'est moi ! Ça va trop loin ! Je ne peux pas me trouver dans un livre que je suis en train de lire ! Ça ne peut être qu'un hasard. Ressaisis-toi Bastien, tu es vraiment maboul.

Atreyou éprouva un frisson étrange, comme un picotement, quand il traversa le miroir et quand il se retrouva de l'autre côté, il avait tout oublié de lui-même, de ses buts et de ses projets. La Porte Sans Clef était belle, mais ne l'intéressait pas vraiment. Il eut envie de s'en aller et fit demi-tour.

BASTIEN crie : Non, non. Il ne faut pas partir. Demi-tour, Atreyou. Tu dois franchir la Porte Sans Clef !

Finalement, il se retourna cependant à nouveau vers la Porte Sans Clef. Il l’effleura légèrement du doigt. La porte s'entrebâilla.

 

On entend le bruit d'une brise légère, une douce musique et le son d'une voix.

 

OUYOULALA :

Hélas, tout n'arrive qu'une fois,

pourtant tout doit arriver.

par-dessus les prés, par-dessus les bois,

je m'en irai, je passerai.

 

ATREYOU : Qui es-tu ?

 

OUYOULALA :

Si tu veux m'interroger,

parle-moi en vers et fais-les rimer,

car ce qu'on me dit autrement

nullement ne le comprends.

 

ATREYOU :

Hum...

Si je peux le demander,

j'aimerais savoir qui tu es.

 

OUYOULALA :

Je suis Ouyoulala, la Voix du Silence.

 

ATREYOU :

Je ne te vois pas. Quelle est ton apparence ?

 

OUYOULALA :

C'est ton oreille qui me perçoit.

Je n'ai pas d’apparence, je ne suis qu'une voix.

 

ATREYOU :

Pourquoi es-tu si triste, dis-le-moi promptement !

Tu es si jeune encore, avec ta voix d'enfant.

 

OUYOULALA :

Je ne suis qu'un chant d'affliction.

Bientôt le vent m'emportera.

Le temps passe, le temps s'en va.

Alors pose, pose tes questions.

 

ATREYOU :

Aide-moi donc a deviner

pourquoi le vent va t'emporter.

 

OUYOULALA :

L'Impératrice est menacée,

et avec elle le pays entier.

Il faut pour elle un nouveau nom,

seul moyen de guérison.

 

ATREYOU :

Alors dis-moi qui pourra la sauver ?

Qui sera capable de la rebaptiser ?

 

 

OUYOULALA :

Nul de nous ne trouvera le moyen.

Ni toi, ni moi, ni djinn, ni lutin.

Nous ne sommes que des personnages,

des figures d'un livre, des images,

incapables de rien inventer.

Mais hors des frontières de notre domaine,.

vit un peuple qu'on nomme la race humaine.

C'est à eux que fut consenti

le pouvoir de donner des noms.

A la Petite Impératrice, ils ont

de tout temps conféré la vie.

Mais ils ne savent plus qui nous sommes.

Le chemin vers nous, ils l'ont oublié.

Ah ! Si seulement un enfant des hommes

savait nous trouver, tout serait sauvé.

- 13 -

Souviens-toi bien de mes mots, jeune héros.

Car je m'en irai bientôt.

 

ATREYOU :

Tu t'en va ?

A quel endroit ?

 

OUYOULALA :

Le néant s'approche et l'Oracle se tait.

Après tous ceux qui m'ont rencontrée,

après tous ceux qui vinrent à moi,

tu es le dernier qui entend ma voix.

Si tu veux notre salut, jeune héros,

n'oublie pas de te rappeler mes mots.

 

Un violent vent se lève, on entend un bruit comme des murs qui s'effondrent. Atreyou se sauve en courant.

 

BASTIEN crie : S'il existe un chemin pour venir jusqu'à vous, dites-le-moi. Je viendrai, c'est certain, Atreyou ! Tu vas voir.

 

Changement de lumière. De retour à la grotte des deux gnomes, Atreyou fait à eux et à Fouchour le récit de ce qu'il vient de découvrir.

 

ATREYOU : Voilà le secret Enguywick. Ouyoulala est un être qui consiste seulement en une voix. On ne peut la percevoir que par l’oreille. Elle est là où elle se fait entendre.

 

ENGUYWICK : Elle é t a i t tu veux dire.

 

ATREYOU : Oui, d'après ses propres paroles j'ai été son dernier interlocuteur.

 

ENGUYWICK : Pour rien ! Le travail de toute ma vie - pour rien. On m'apporte enfin la dernière pierre pour mon édifice scientifique – et voilà que cela ne sert plus à rien, ça ne vaut plus un fifrelin, parce que la chose dont il s'agit n'existe plus.

 

OURGL : Pauvre vieux Enguywick ! Faut pas être déçu comme ça. Tu trouveras bien autre chose.

 

ENGUYWICK : Femme ! Celui qui est devant toi n'est pas le pauvre Enguywick, mais le héros d'une tragédie. Il sort.

 

OURGL : Ce n'est pas ce qu'il voulait dire. C'est une brave vieille barbe. Malheureusement il est complètement maboul.

Je vais maintenant empaqueter nos petites affaires.

 

ATREYOU : Vous voulez donc partir d'ici ?

 

OURGL : C'est tout ce qui nous reste à faire. Ici aussi le néant gagne du terrain. Et pour mon vieux non plus, il n'y a désormais plus de raison de rester. Et vous ? Quels sont vos projets ?

 

ATREYOU : Je dois faire ce qu'Ouyoulala a dit. Trouver un enfant des hommes et le guider jusqu'à la Petite Impératrice pour qu'il lui donne un nouveau nom.

 

OURGL : Et où veux-tu le chercher, cet enfant des hommes ?

 

ATREYOU : Je n'en sais rien. Au-delà des frontières du Pays Fantastique.

 

FOUCHOUR : On y arrivera. Je te porterai. Tu verras, nous aurons de la chance !

 

OURGL : Hum, alors dépêchez-vous de filer.

 

ATREYOU : Nous pourrions peut-être vous aider à faire un petit bout de chemin ?

- 14 -

OURGL : Il ne manquerait plus que ça. . Jamais de ma vie, je n'irai me promener dans les airs. Les gnomes qui se respectent restent sur la terre ferme. Et d'ailleurs il ne faut pas que nous vous retardions, vous avez des choses plus importantes à faire, tous les deux – pour nous tous.

 

FOUCHOUR : Elle a raison. Viens Atreyou.

- NOIR -

 

NEUVIEME SCENE – LES QUATRE GEANTS DES VENTS

Vent et rafales de pluie. Bastien chevauche Fouchour pour atteindre les frontières du Pays Fantastique. Apparemment, il est très épuisé et somnole.

 

FOUCHOUR : Atreyou, mon petit maître, dors-tu ?

 

ATREYOU : Non, que se passe-t-il, Fouchour ?

 

FOUCHOUR : Je me demande s'il ne serait pas plus malin de faire demi-tour.

 

ATREYOU : Demi-tour ? Pour aller où ?

 

FOUCHOUR : A la Tour d'Ivoire. Auprès de la Petite Impératrice.

 

ATREYOU : Tu penses que nous devrions rentrer auprès d'elle bredouilles ?

 

FOUCHOUR : En quels termes se définissait ta mission ?

 

ATREYOU : Je devais rechercher la cause de la maladie dont se meurt la Petite Impératrice et quel remède il peut bien y avoir.

 

FOUCHOUR : Mais rapporter toi-même le remède, cela ne faisait pas partie de ta mission.

 

ATREYOU : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

 

FOUCHOUR : Peut-être que nous commettons une grave erreur en tentant de franchir les frontières du Pays Fantastique pour aller chercher un enfant des hommes.

 

ATREYOU : Je ne comprends pas où tu veux en venir.

 

FOUCHOUR : La Petite Impératrice a besoin d'un nouveau nom. C'est ce que t'a révélé la Vénérable Morla. Mais lui donner ce nom, seuls le peuvent les enfants des hommes du Monde Extérieur. C'est ce que tu as appris par Ouyoulala. Avec ça tu devrais aller sans tarder transmettre ces informations à la Petite Impératrice.

 

ATREYOU : Mais à quoi peut lui servir que je l'informe de tout ça sans lui ramener en même temps un enfant des hommes ?

 

FOUCHOUR : Ça , tu ne peut pas le savoir. Elle a beaucoup plus de pouvoir que toi et moi. Peut-être que ce serait pour elle une chose facile que de faire venir un enfant des hommes.

 

ATREYOU : Tu as-peut-être raison, Fouchour, peut-être aussi que tu as tort. Poursuivons encore un peu notre vol. Si nous ne trouvons toujours pas de frontière, nous ferons demi-tour.

 

FOUCHOUR : Qu'est-ce que tu appelles un peu ?

 

ATREYOU : Je ne sais pas, disons une heure encore.

 

FOUCHOUR : Bien. D'accord pour une heure. Mais - on dirait qu'on va vers le mauvais temps. Il serait plus raisonnable de nous trouver un abri. Si c'est bien ce que je soupçonne, il ne s'agit pas d'une plaisanterie.

 

ATREYOU : Et que soupçonnes-tu ?

 

FOUCHOUR : Que ce sont les Quatre Géants des Vents qui s'apprêtent une fois de plus à s'affronter. Pour eux c'est une sorte de jeu, mais malheur à celui qui tombe au milieu de leur bagarre.

 

ATREYOU : Les Quatre Géants des Vents ? Ça tombe bien. J'aimerais leur poser une question.

 

FOUCHOUR : Tu aimerais quoi ?

 

1TREYOU: S'ils sont les Quatre Géants des Vents, ils connaissent tous les points cardinaux. Nul ne saura nous dire mieux qu'eux où se trouvent les frontières du Pays Fantastique.

 

FOUCHOUR : Dieu du Ciel ! Et tu crois qu'on peut faire comme ça tout tranquillement la causette avec eux ?

 

Les Quatre Géants des Vents envahissent le plateau et commencent à s'affronter.

 

ATREYOU  se dresse sur le dos de Fouchour et montre Auryn, l'emblème de la Petite Impératrice. Il crie: Au nom de la Petite Impératrice, taisez-vous et écoutez-moi ! Les Quatre Géants des Vents s'immobilisent. Répondez-moi ! Où sont les frontières du Pays Fantastique ? Le sais-tu, Lirr ?

 

LIRR : Pas au nord.

 

ATREYOU : Et toi, Bauro ?

 

BAURO: Pas non plus à l'est.

 

ATREYOU : A toi de parler, Schirk !

 

SCHIRK : Au sud , il n'y a pas de frontières.

 

ATREYOU : Mayestril, le sais-tu ?

 

SCHIRK : Aucune frontière à l'ouest.

 

TOUS LES QUATRE GEANTS DES VENTS : Qui es-tu donc, toi qui porte l'emblème de la Petite Impératrice et qui ne sait pas que le Pays Fantastique n'a pas de frontières ?

 

Avec des grands éclats de rire, ils continuent leur bagarre.

 

- NOIR -

 

DIXIEME SCENE – LA PETITE IMPERATRCE

Le Pavillon de Magnolia en haut de la Tour d'Ivoire, la résidence de la Petite Impératrice. Elle est assise sur un coussin rond et moelleux, soutenue par de nombreux oreillers.

 

BASTIEN crie : Mais qu'est-ce que c'est ? Je... je la vois la Petite Impératrice, je vois.. je vois l'Enfant Lune, oui... Enfant Lune, c'est comme ça qu'elle s'appelle !

 

La Petite Impératrice semble entendre la voix de Bastien et un léger sourire se dessine sur son visage. Entre Atreyou.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Tu est de retour de ta Grande Quête, Atreyou ?

ATREYOU : Oui.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Ton beau manteau est devenu gris. Mais maintenant tout va redevenir comme autrefois, et même plus beau, tu verras. Tu as rempli ta mission. Je suis très contente de toi.

 

ATREYOU : Non, tout était vain. Il n'y a pas de salut.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Mais tu l'as pourtant ramené.

 

ATREYOU : Qui ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Notre sauveur. Je l'ai vu, et lui aussi m'a aperçue. Juste quand tu es entré. Tu l'as amené avec toi.

 

ATREYOU : Mais il est où ? Je ne vois ici personne d'autre que toi et moi.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Il n'est pas encore dans notre monde. Mais nos deux mondes sont déjà si proches l'un de l'autre que nous avons pu nous voir le temps d'un éclair – tout ça, tu le savais déjà ?. Bientôt, il sera tout à fait avec nous et et il m'appellera par ce nouveau nom que lui seul peut me donner. Alors, je serai guérie et avec moi le Pays Fantastique.

 

ATREYOU : Tu connais donc depuis longtemps le message que je devais t'apporter ? Ce que m'a dit Morla, ce que m'a appris Ouyoulala ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Oui, je le savais avant même de te charger de ta Grande Quête.

 

ATREYOU : J'ai entendu dire que tes décisions étaient souvent incompréhensibles pour nous tous. Mais après tout ce que j'ai vécu, j'ai du mal à accepter l'idée que tu t'es simplement amusée à mes dépens.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Je ne me serai jamais permis cela, Atreyou. Je t'ai chargé de la Grande Quête parce que c'était le seul moyen de faire venir notre sauveur. Car il a participé à tout ce que tu as vécu. C'est seulement par une longue histoire pleine d'aventures que tu pouvais le guider n jusqu'à moi. Cette histoire, c'était la tienne.

 

ATREYOU : Je comprends maintenant. Je te remercie de m'avoir choisi. Mais si tu dis vrai pourquoi le sauveur n'est-il toujours pas ici. Que peut-il attendre ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Oui, que peut-il bien attendre ?

 

BASTIEN : C'est que je ne peux pas. Je ne sais pas du tout ce que je dois faire.

 

ATREYOU : Peut-être que le sauveur ne sait pas encore le nom exact qu'il doit te donner.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Si, il le sait.

 

BASTIEN : Oui, je le sais. Je l'ai su aussitôt que je t'ai vu. Mais je ne sais pas ce que je dois faire.

 

ATREYOU : Peut-être qu'il manque de courage.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Du courage ? Il faudrait donc du courage pour prononcer mon nom ?

 

ATREYOU : Dans ce cas, , je ne vois qu'une raison qui puisse le retenir.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Laquelle ?

ATREYOU : Il ne veut tout simplement pas. Nous lui sommes indifférents.

 

BASTIEN : Non ! Non ! Il ne faut pas que vous croyez ça. Ce n'est pas ça du tout, Atreyou !

 

LA PETITE IMPERATRICE : Il m'a promis de venir. Je l'ai lu dans ses yeux.

 

BASTIEN : Enfant-Lune ! Enfant-Lune ! J'arrive. Enfant-Lune ! Je suis là ! La scène est soudain plongé dans le noir. On n'entend que les voix. Enfant-Lune, où es-tu ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Je suis ici, Bastien.

 

BASTIEN : Enfant-Lune, est-ce la fin ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Non, c'est le commencement.

 

BASTIEN : Où est le Pays Fantastique, Enfant-Lune ? Où sont tous les autres ? Où sont Atreyou et Fouchour ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Le Pays Fantastique renaîtra de tes désirs, mon Bastien. Par moi, ils deviendront réalité .

 

BASTIEN : De mes désirs ? Et à combien de désirs ai-je droit ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Autant que tu voudras – plus il y en aura, mieux cela vaudra. Le Pays Fantastique s'en trouera d'autant plus riche et plus varié. Que vas-tu désirer ?

 

BASTIEN : Je ne sais pas.

 

LA PETITE IMPERATRICE : C'est grave.

 

BASTIEN : Pourquoi ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Parce que dans ce cas il n'y aura plus de Pays Fantastique.

 

BASTIEN : Pourquoi fait-il si sombre, Enfant-Lune ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Les commencements sont toujours sombre, Bastien.

 

BASTIEN : J'aimerais bien te voir encore une fois, Enfant-Lune. La Petite Impératrice rit. Pourquoi ris-tu ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Parce que je suis contente. Tu viens de formuler ton premier désir.

 

BASTIEN : Vas-tu le réaliser ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Oui, ouvre ta main.

 

BASTIEN : Qu'est-ce que c'est, Enfant-Lune ?

 

LA PETITE IMPERATRICE : Un grain de sable. C'est tout ce qui reste de mon empire illimitée. Je te l'offre.

 

BASTIEN : Merci. Regarde, Enfant-Lune ! Ça commence à briller ! Ce n'est pas du tout un grain de sable, c'est une petite graine lumineuse, qui est en train de pousser.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Bravo, Bastien. Tu vois, c'est facile pour toi.

Au fur et à mesure que la lumière revient, on voit les deux personnages face à face. Bastien a complètement changé d'apparence. IL est habillé comme un prince.

 

BASTIEN : Elle pousse très vite. Des feuilles se déploient, des tiges, des boutons qui s'ouvrent en fleurs magnifiques. Des fruits se forment qui éclatent comme des fusées miniatures. Ils projettent autour d'eux une pluie d'étincelles multicolores, des graines dont naissent de nouvelles plantes qui ne cessent de croître et forment une forêt phosphorescente qui brille de mille couleurs.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Il faut que tu lui donnes un nom !

 

BASTIEN : Pérelin, le Bois de la Nuit. Mon veux s'est réalisé !

 

LA PETITE IMPERATRICE : Pourquoi m'as-tu fait attendre si longtemps ?

 

BASTIEN : C'est parce que... C'est parce que j'avais honte, Enfant-Lune.

 

LA PETITE IMPERATRICE : Honte ?

 

BASTIEN : Je me disais que tu attendait certainement quelqu'un de courageux, fort et beau, un prince ou...

 

LA PETITE IMPERATRICE : Je veux te montrer quelque chose, Bastien.

 

La Petite Impératrice présente un miroir à Bastien dans lequel il découvre sa nouvelle apparence. Puis elle sort sans que Bastien s'en aperçoit. Il veut se tourner vers elle, mais elle n'est plus là.

 

BASTIEN : Enfant-Lune ! Enfant-Lune ! Désemparé, il s'assoit . Machinalement, ses doigts jouent avec une amulette d'or, suspendue à une chaîne autour de son cou. Auryn ! Il retourne l'amulette et y découvre une inscription. Fais ce que voudras. Qu'est-ce que cela peut bien signifier ? Que je peux faire tout ce dont j'ai envie ?

 

Entre Graogramon, un lion qui porte dans ses main une épée qu'il donne à Bastien.

 

GRAOGRAMON : Non, cela veut dire que tu dois faire ce que tu veux vraiment.

 

BASTIEN : Ce que je veux vraiment ? Et qu'est-ce que c'est ?

 

GRAOGRAMON : C'est ton secret le plus intime, et tu ne le connais pas.

 

BASTIEN : Alors comment puis-je le découvrir ?

 

GRAOGRAMON : En suivant le chemin de tes désirs, en allant de l'un à l'autre, jusqu'au dernier. Celui-là te conduira à ton Vœu Véritable.

 

BASTIEN : Cela ne me paraît pas si difficile.

 

GRAOGRAMON : De tous les chemins , c'est le plus dangereux.

 

BASTIEN Pourquoi ? Parce que les désirs qu'on éprouve ne sont pas toujours bon ?

 

GRAOGRAMON : Que sais-tu de ce que sont les désirs ? Que sais-tu de ce qui est bien ? Il sort.

 

BASTIEN  saisit l'amulette : Je voudrais revoir Atreyou et Fouchour.

 

- FIN DE LA PREMIERE PARTIE -